La chanson qui ne sortira pas
Exténué et encore enivré je devrais aller me coucher. Plus rien de bien ne sortira de ces mains. Du reste, plus rien de bien ne veut en sortir depuis quelques jours. Tout ou presque s’est perdu sur un vélo. Un élan lyrique, une mélodie, un cahors 2003. Une fille, sa tête en filigrane dans les rues de Paris. Sous le ciel, dans le vent. Euphorie délicieuse, impression de flotter. Elle chante, elle joue. Bien.
Puis rien. Pas faute d’avoir essayé, dans les escaliers j’ai couru, j’ai trébuché. Sur ce tapis rouge je gardais en tête les rimes. Yavait des rimes, c’est dire. J’en ai gratté deux ou trois, j’ai crié. « Les mecs stop, guitare ». Tomy il a arrêté la partie de PES et il a gratté lui aussi. Il l’a trouvée cette mélodie un peu nase mais qui fonctionne. Et puis mes rimes je les ai perdues. J’ai braillé un solo à base de nananaaaaa. C’était cool, où ça en avait l’air. Enfin de l’intérieur du moins. De mon intérieur ivre et enthousiaste. Et désireux de créer. Je ne veux pas me limiter à servir les pastis quand ils jouent. J’ai envie de mieux. Au diable ma voix et mon talent inexistant. Enfin presque, faut pas croire, je vaux deux trois sous mais tu n’en doutais pas hein?
L’idée c’était de lui répondre à la guitare. J’aurais posé ma voix dégueulasse, j’aurais éloigné suffisamment le micro. J’aurais passé tout ça à l’autotune. Blague, l’autotune doit mourir, l’autotune est mort, c’est Jay-Z qui lui a réglé son compte. L’idée était là, je l’avais. J’ai souvent les idées, j’ai aussi de quoi porter celles des autres. Un catalyseur d’idées, c’est ça peut être mon équivalent chimique. Quant à pousser les miennes…
Voilà. Ce qu’il faut en retenir c’est qu’elle court toujours la maladie d’amour. Elle putain de court et moi c’est comme en vrai, je commence à courir après et j’ai mal à la hanche. Je ne tiens pas la longueur ou je pars trop tranquille, il est temps de réajuster tout ça. De parler stratégie, en ce moment c’est mon dada comme dirait Omar.
Je vais devoir sprinter, pas le choix. Pas question de lorgner sur une course départementale handisport. Je te parle de garder un objectif classe, de rester sur ce que je veux. Pas question de changer de cibles, pas question d’arrêter de me questionner, d’arrêter de me chercher. Mais réduire les distances, être plus explosif. Ca oui.
J’ai lu ce soir qu’être triste c’était plus facile que d’être heureux. Je crois que j’ai approuvé, c’est sûr. C’est plus facile et si un clavier te croise en plein spleen il se pourrait qu’il se mange une raclée d’inspiration. Un truc brutal, une prise presque bestiale. Un placage contre le mur mais consentant. Comme après une dispute, comme après des silences et des incompréhensions. Comme après avoir essayé avec une autre, avoir essayé plusieurs fois différemment. Comme dans ce train, carnet à la main, suffoquant. Suffoquant d’ennui. Enfermé avec mes vapeurs de vin jaune. Quatre pages de nase. Quatre pages de mauvaise prose, de tentatives de poésie.
Ridicule et dur à vivre. Un peu de la faute à Djian avec son Ardoise. Enfin il dit aussi qu’il faut essayer. Donc on essaye et on trouve ça nase, on compare aux idoles et on ne fait plus rien ?
Jt’apporte ma voix, je te donne ces mots
Je voudrais que l’épée n’aille pas dans l’eau
Qu’elle parte pourfendre la chair si tendre
De notre histoire où tout reste à prendre
Bon, faudrait travailler ça, au final après tant de jours de disette ça sort un peu.
Image : Retrozone
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