L’impuissance

Le pire dans la vie c’est l’impuissance. Enfin c’est le pire que je retiens à l’heure actuelle. 14h30 Mercredi 8 Juillet. Je changerai sans doute d’avis avec les jours, c’est un peu ça moi. Beaucoup même.

Je parle de l’impuissance non sexuelle. Je sais que ce n’est pas évident, il faut aller en page 2 des résultats google pour entrevoir autre chose que des pannes, du psychologique et d’autres choses que je n’arrive pas à concevoir. Conscient tout de même que ça peut tomber à tout moment. Sans bon jeu de mot.

L’impuissance se définit comme une absence de forces ou de moyens nécessaire à la réalisation d’une chose. C’est pire en fait.
L’impuissance c’est aussi ne rien pouvoir répliquer parce qu’on ne sait pas quoi dire, avoir de quoi répliquer mais ne pas pouvoir le faire ou bien avoir des idées pour résoudre une situation mais toutes les voir se fracasser.
C’est très différent. Dans certains cas on sait ce qu’on vaut et on est frustré de ne pas avoir pu le montrer. Dans d’autres, on se rend compte qu’on vaut moins que ce qu’on pensait.

Imagine un ptit cadre qui prend le RER à Villiers le Bel. Ligne D. Tu le vois avec son Kenzo noir, ses chaussures en daim, bien sous tous rapports. Sauf le rapport poids puissance ok. Il rentre chez lui, il est tard et comme c’est la D il sait qu’il y aura au moins une épreuve façon l’Arche perdue. L’épreuve récente c’est de deviner quel quai parmi les trois est le bon. Ouais, les mecs là bas ont carrément désactivé le panneau d’affichage global. Qui va se plaindre ? Des sans-papiers, des gens qui maitrisent vite fait le français, des cailles & des lambdas dont l’influence dépasse à peine le bloc ? Les choses n’avancent pas et le ptit cadre en panique se speed et saute dans le wagon de gauche. Un pari vers paris. Le wagon sonne et un monsieur lui signale que le train, contrairement à l’affichage quai, rentre au garage. Le ptit cadre saute et dit « Ah », il pense déjà à se dépêcher de trouver parmi les deux quais lequel sera le bon. Mais voilà le monsieur a ses principes et lui lance un bon « Et merci non ? ». Le ptit cadre répète le mot central en vitesse tant il est gêné. Le monsieur s’éloigne, il parle avec une dame. Peut être commence-t-il à cracher sur les ptits cadres. Peut être lui dit-il qu’eux on ne les voit pas au JT cagoulés mais qu’ils ne valent pas mieux. Et le ptit cadre pendant ce temps il se décompose un peu. Il est énervé, il a honte. Il se sent impuissant, il ne peut rien faire même s’il dit merci plus que la moyenne, même s’il dit bonjour plus que la moyenne, même s’il est un ptit gendre idéal. Un mec courtois, pas mal galant, assez serviable et qui prône des bonnes manières, un retour aux bases.

Cette impuissance ce n’est pas tout à fait la même que celle que le jeune conducteur ressent lorsqu’en se rabattant un peu fort mais prudemment, cligno et tout, il effraie un scooter qui double à droite à mach 2. Le scooter transporte un couple, l’homme ralentit et crie « Tu te crois où ? » et repars à mach 2. Impossible de lui répondre, impossible de lui dire que non la route n’est pas qu’à lui sous prétexte qu’il va plus vite, que non on ne double pas à droite, que non c’est pas parce qu’il est immatriculé 06 que le jeune ne gère pas la conduite parisienne et surtout qu’il aille bien se faire plier sur le périph avec son accent mi Parisien mi chpécor. Enfoiré de mec en scoot, vieux motard raté. Sale espèce dont on aime que les potes équipés. Impuissance frustrante qui donne presque envie d’abaisser la vitre, de crier et de tracer à notre tour. De supprimer le droit de réponse. Quel plaisir trouvent-ils à faire ça ? Celui de se défouler. Qu’est-ce qu’ils ratent ? Le plaisir de gagner à la fin d’un échange, ou d’en sortir grandi.

Enfin la pire impuissance, celle qui est à l’origine de cette page A4, c’est l’impuissance face à une situation complexe, la plupart du temps familiale ou sentimentale. Celle où tes années d’étude et de boulot, toutes ces années où on te forge à être zen et à trouver des solutions ne t’aident pas. Toutes ces années où tu les as trouvées les solutions qu’elles soient à base de pompes dans la TI89, d’impros biens senties, de plans d’actions ou d’étalage d’aisance, de grands sourires parfois. Toutes ces années ne te servent à rien. Tu te rends compte petit à petit que tu es inutile, que ton enthousiasme ne suffit plus. Ta vision du problème n’est pas claire et elle évolue. Tu penses connaitre les gens, avoir toutes les données mais il n’en est rien. Tu laisses passer le temps et ça empire.

Tu te retrouves à aborder tes vacances de la meilleure des façons, en te sentant inutile, trahi, impuissant. Jusqu’à présent, ta valeur ajoutée était d’essayer de se faire comprendre, d’essayer de clarifier les choses, de rassurer. Aujourd’hui tu ne comprends plus, la solution est trouble et tu paniques.

Tout n’est pas facile. On le savait. Mais lorsque ça commence à devenir grave, que tu constates les pertes, c’est encore moins facile, tu sais ?

La bande son de ces maux est téléchargeable chez rcdlbl



Publié le 8/7/09 à 15:01