Souriez, vous êtes blindés

Je vous l’ai déjà dit, écrire dans le train c’est plus ou moins bien. Le bon côté c’est que je suis assis et au calme. Ma position se rapproche des conseils postures affichés chez le médecin du travail. Autrement dit, à des lieues du classique canap table basse, celui qui te casse le dos et te coupe le souffle.
Le calme est également un sacré atout. Je suis clairement monotâche, écrire et regarder/subir pour la deuxième fois de la semaine bienvenue chez les chtis ou le spectacle de Guyon, c’est dur pour moi. Je ne peux même pas écrire et écouter de la chanson française. Ou même anglaise vu que je commence à essayer de comprendre ce qu’ils disent. Alors je mets Pivot.

Je mets Pivot et les champs maussades du sud ouest Parisien défilent. Deux éoliennes viennent couper la brume. Je n’arrive pas à trouver que ça dynamisme ce paysage.

Le côté gênant de l’écriture sncf c’est les voisins. Je suis toujours timide de l’écriture, je n’aime pas encore assez ce que je fais. Ou non, je n’aime pas qu’on regarde ce que je fais tant que ce n’est pas accompli. Ne voyez dans cette gêne du lecteur de côté aucune paranoïa. C’est seulement une extrapolation à partir de mon cas. J’ai tout le temps l’œil qui s’égare sur l’écran d’â côté. Une seconde au moins. Histoire d’essayer de comprendre. D’essayer de voir ce que l’autre créé ou boit. Histoire de le cataloguer.

En ce moment je me déplace beaucoup, beaucoup comparé à cette dernière année où j’ai bougé de manière anecdotique. En ce moment, je me déplace une fois par semaine en avion, un Paris-Pau dans la journée. Aujourd’hui c’est un Paris Tours en  TGV.
Je commence à développer un dégoût des voyageurs pro. Bien sûr pas de tous, mais la majorité prendra pour une minorité, c’est comme ça que ça marche non ?
Le cadre industriel de l’aéroport ou de la première ne me fait plus rêver, il me laisse au pire indifférent. Je n’ai plus envie de lui ressembler, peut être est-ce parce que c’est à ma portée ? C’est un comportement qui me ressemble ça, rêve-a-lâche-oublie. Prions ensemble pour ma descendance, espérons que j’abandonne ce comportement au moins dans certains domaines.
Je vois des gens maussades, qui ne disent pas bonjour et sont vissés à leur smartphone. Ils sont rarement bien costumés, ils tentent des cuirs, des chemisettes, des cravates audacieuses. Ils parlent de chiffre, ils parlent dans le dos toujours. Il y a des paroles non tenues, des clients pénibles. Peu de positif, peu de sourires, peu d’amour.

Ce matin c’est le ras le bol, le coin à 4 de la 1ère m’a achevé. J’ai vu une réunion en allant me laver les mains pour effacer les 18 traces d’urine du métro. Une réunion de travail à 4 dans le train. Avec un PC évidemment mais avec des papiers et un double blackberry sur une table. Qui a besoin de deux blackberries ? J’en ai rêvé de cet attirail, je l’ai souhaité. Mais aujourd’hui c’est fini. Et s’il m’arrive d’en avoir un jour besoin, j’aimerais pouvoir compenser cet étalage de tristesse mobile par un plus grand humanisme.

Je me déplace pour former. Former des opérateurs à un formulaire de remontée d’information que j’ai développé. Les échanges sont riches, les personnalités fortes, les repas de midi complètement tordants. Les opérateurs parlent peu de gosses en bas âge ou de crédits immobiliers. Ca me fait du bien. Ils parlent des Pyrénées, de rugby, du passé, des gens, des habitudes, de la diversité. Ils parlent de leur fierté, de leurs idées, de leurs difficultés. J’aime plus que tout essayer de les comprendre, j’aime plus que tout murir en les écoutant. Ce que je préfère dans mon métier c’est d’être ignorant et de ne pas le rester. J’ai l’impression que ces voyageurs de première classe n’ont pas envie de comprendre le monde hormis celui qui leur apportera productivité ou chiffre. C’est une grave erreur et je sais que je sonne creux. Je sais que d’autres le disent mieux. Mais voilà c’est ma pensée actuelle.

Tout le monde devrait être conscient de l’importance de comprendre les autres. Tout le monde devrait s’apercevoir qu’on gagne énormément à, si ce n’est aller vers l’autre car ce n’est pas évident, laisser l’autre venir et lui tendre la main et l’oreille.

J’ai amorcé hier une discussion intéressante avec un RH cadres industriels au passé glorieux. Il en ressort que je suis convaincu que nous, informaticiens, devons mettre à disposition des outils de rapprochement mais que le but final est de se toucher. C’est en partie pour cela que TT&B n’avance pas comme je le souhaite. C’est parce que je n’arrive pas, pour l’instant, à accorder suffisamment de temps à cet espace, je suis mal organisé sans doute et je n’arrive pas encore à laisser de côté mes moments physiques. Tout ceci va changer, dormir moins ou surtout moins me disperser, voilà la solution.

Il est temps de vous laisser, je voulais juste amorcer une discussion, vous donner mon point de vue actuel. Tout est assez fade mais c’est important pour moi de vous en faire part ici.

Je veux gagner plus d’argent, je veux apporter beaucoup dans mon taff, je veux créer, améliorer, moderniser. Je veux être important, respecté, consulté, écouté. Mais je souhaite que ça ne soit jamais en étant équipé d’œillères me laissant seulement voir venir ce qui peut me servir directement. Attention, je n’ai aucunement la prétention d’être archi bon. Je suis en construction.

Ce matin j’ai dit bonjour au mec assis à côté de moi sur les poses culs du quai de la 4. Il m’a répondu bien sûr et j’ai souri. Je vais le faire plus souvent. Essayez ça aujourd’hui, ce sera votre TP. Dites bonjour et souriez, vous y gagnerez. Tout le monde y gagnera. Dites moi ce qui c’est passé, dites moi si le gars en face vous a dragué, si la fille a pris peur, si la vieille s’est agrippé ou s’il vous a semblé qu’ils ont kiffé.

Et ne partez pas en croyant que je suis optimiste, je crois toujours qu’on va mourir de cancers dans un monde qu’on aura sérieusement savaté. Je crois toujours que les guerres civiles et les conflits internationaux persisteront à jamais. Je crois toujours que les supporters continueront de voler dans les stations services annulant le déplacement de Nice à Paris (bande de paillassou, je commençais à kiffer l’idée de me faire huer par Auteuil).

Mais je crois qu’on peut vraiment vibrer à essayer d’être cool pendant les quelques années à venir. Je m’aime toujours autant, paradoxalement ça aide à être bon.

Crédit photo : Janviance


Publié le 28/3/09 à 14:50